Recherches/Formes de l'urbanité

2006-2008
Programme réalisé au sein du LETA (Laboratoire d'Esthétique Théorique et Appliquée). École doctorale de référence : Arts, esthétique et sciences de l'art, Université Paris 1 – Panthéon – Sorbonne
Ci-dessous
1)le descriptif général
2) le déroulement et les objectifs par année
Texte lisible sur cette page
Attendus
Les appareils d'enregistrement et de fabrique d'images qui se sont développés et diffusés depuis le XIXème siècle sont des inventions non seulement pour la technique mais encore pour la perception. C'est un enjeu que de réfléchir, d'une manière à la fois plastique, critique et théorique, par la production d'oeuvres et de documents, par des études de cas, par des formulations conceptuelles, aux façons dont les nouveautés s'installent et s'avèrent dans des « régimes perceptifs » caractérisables. La variété de ces régimes conduit à formuler des hypothèses concernant d'une part les « articulations » de la sensibilité et de la corporéité, d'autre part les manières d'être, les relations, les moeurs, l'urbanité.

Le travail que j'envisage de développer concernera ce dernier domaine. Y a-t-il des formes de l'urbanité ? Y a-t-il une relation que l'on puisse penser entre de telles formes et les formes de la sensibilité ? Quelles relations sont susceptibles de s'établir entre des inventions sensibles, celles des régimes d'images notamment, et les instances de l'urbanité ? Telles sont les questions qu'il s'agira d'examiner. La recherche impliquera une réflexion sur la notion même d'invention. Elle prendra la forme de journées d'études, d'un colloque ou d'un séminaire, et de publications, ce dernier terme visant des productions textuelles, mais aussi, le cas échéant, des documentaires et des projets artistiques

2008
Pour définir l'urbanité contemporaine, nous avons évoqué dans la précédente édition du séminaire (2007) l'idée d'une situation « paradoxale » de la culture. Aux confins de la politique et de l'économie, les instances majeures du commun imposent aux appareils de production et diffusion d'images (le théâtre et la peinture autrefois, la presse, le cinéma et la télévision aujourd'hui) des programmes de représentation et de signification. Elles minorent ce faisant la puissance créatrice et les dynamiques formelles spécifiques de ces appareils. Il en résulte pour les esprits ce que l'on pourrait appeler, en interprétant les propositions de Walter Benjamin, un état de « choc ». En se retournant contre les puissances formelles de son époque, la culture se fait « dominante ».

En fait, les appareils d'images, qui ne sont pas seulement des dispositifs disponibles, peuvent faire exception aux régimes de la représentation. Ce sont des formes de sensibilité. Comment pouvons-nous appréhender ces formes ? En sollicitant des recherches effectuées au sein du laboratoire sur des champs techniques définis (photographie, design des hyper-medias), mais aussi des contributions extérieures (pratiques du son), je voudrais mettre à l'étude cette hypothèse que l'urbanité contemporaine se constitue (en deça pour ainsi dire de toute instance de valorisation) de formations d'espaces qui sont diverses sinon même divergentes. C'est en considérant cette diversité qu'on pourra dans un second temps poser la question du « gouvernement » de ces formes..

Les séances auront lieu dans les locaux de l'Université Paris 1 – Panthéon – Sorbonne, UFR Arts et sciences de l'art, 47-53 rue des Bergers, 75015 Paris, salle 111.
Mardi 19 janvier 2008 : Pierre-Damien Huyghe, « Présentation générale »
Mardi 12 février 2008 : Philippe Simay, Directeur de programme au Collège International de Philosophie.
Mardi 26 février 2008 : Pierre-Damien Huyghe, « Projections du corps et techniques de l'urbanité, 1 ».
Mardi 18 mars 2008 : David Bihanic, auteur de Espace, lieux et hyper-cartes, étude sur la spatialité des réseaux et la géographie d'information, thèse de doctorat, Université de Paris 1.
Mardi 01 avril 2008 : Daniel Deshays, responsable de l'enseignement du son à l'Ecole nationale supérieure des arts et techniques du théâtre (ENSATT), auteur de Pour une écriture du son, Klincksieck, 2006.
Mardi 15 avril 2008 : Pierre-Damien Huyghe, « Le gouvernement des formes sensibles ».

2007
Au cours des temps modernes, le schéma urbain que les Grecs de l'antiquité étaient parvenus à concevoir s'est trouvé compliqué. La participation à la vie « sociale », dont la teneur n'est « ni privée ni publique » selon le propos d'Hannah Arendt, est devenue essentielle. Dans ce devenir, la fin du siècle des Lumières et le XIXème siècle constituent une période charnière. Le champ de l'économie a varié, des appareils ont été inventés, un progrès de l'industrie s'est opéré.

Les questions que je voudrais poser portent d'une part sur la « puissance » de l'image dans ce contexte, d'autre part sur le statut de la représentation.

Ce genre de question fut autrefois réglé par la « poétique ». Cette dernière, comme on peut le lire assez aisément dans le texte d'Aristote n'a pas été initialement conçue comme une théorie « isolée » de la technique des représentations. L'enjeu politique et urbain était alors assez évident. Il s'agissait d'élaborer certains affects de manière à traiter une souffrance et à libérer l'instance politique d'une charge sentimentale encombrante. En dépit de l'histoire et de ses tournants économiques, techniques et industriels, il n'est pas certain que ce lien du poétique et du politique soit dénoué dans nos esprits. Il peut encore fixer nos attentes. Mais il est possible que cette espèce de « rétention » fasse tort à l'urbanité contemporaine, laissant hors du travail de l'image – en état de « choc », eût probablement dit Benjamin – un certain nombre de situations elles-mêmes produites, le cas échéant, par la mise en branle d'une économie industrielle des appareils d'image. La configuration culturelle ainsi constituée est proprement paradoxale. Je propose de mettre en évidence quelques uns des traits de ce paradoxe.

Deux dispositifs de travail, au statut différent, sont proposés cette année : d'une part j'invite à suivre tout ou partie des projections d'oeuvres vidéo et cinématographiques de Robert Kramer qui seront effectuées par la Maison populaire et le cinéma Le Méliès de Montreuil dans le cadre d'une programmation qui m'a été confiée, d'autre part je propose un cycle plus classique de conférences adoptant la méthode déjà éprouvée l'an passé (quatre conférences de ma part et deux invités ayant des expériences de recherche différentes).

1) Cycle de projections « Robert Kramer, la juste distance ». L'accès aux lieux, les programmes détaillés et les textes de présentation sont accessibles sur le site de la Maison populaire de Montreuil.
27 janvier 2007 : Letters to Stephen 1, 2, 3
16 février 2007 : Berlin 10/90, 1990, Maison populaire, Montreuil.
30 mars 2007 : Dear Doc, 1990, Maison populaire, Montreuil.
23 mai 2007 : Cités de la plaine, 2000 au cinéma Le Méliès, Montreuil.

2) Cycle de conférences. Ces conférences auront lieu dans les locaux de l'Université de Paris 1, 12 place du Panthéon, salle 214 (sauf séance du 06 février), de 17 à 19 heures chaque mardi indiqué ci-dessous :
Mardi 06 février 2007 : Pierre-Damien Huyghe, Université Paris 1, Urbanité et techniques de la représentation 1.
Mardi 20 février 2007 : Pierre-Damien Huyghe, Université Paris 1, La télévision comme théâtre généralisé.
Mardi 06 mars 2007 : Pierre-Damien Huyghe, Université Paris 1, La puissance du cinéma.
Mardi 20 mars 2007 : Pierre-Damien Huyghe, Université Paris 1, Urbanité et techniques de la représentation 2.
Mardi 03 avril 2007 : discussion avec Denis Guenoun, Université Paris IV, auteur notamment de : Le théâtre est-il nécessaire ? (Circé, 1997) et Actions et acteurs (Belin, 2005).
Mardi 24 avril 2007 : Gérôme Guibert, docteur en sociologie, co-responsable de la rédaction de V©LUME !, auteur de La production de la culture, le cas des musiques amplifiées, édition Irma, 2006 : "La singularité des musiques populaires et ses conséquences"

2006
Pour la présente année universitaire, je vous propose de préciser les éléments de la problématique ci-dessus définie au cours d'un séminaire qui se déroulera par quinzaines à compter du 14 février prochain. Globalement, il s'agira d'examiner jusqu'à quel point les grandes instances de la vie commune élaborées, énoncées et questionnées dans l'antiquité par la pensée et la philosophie « grecques » font encore incidence en notre époque. Ce sont l'actualité et le champ de l'idée de politique qui, en dernière analyse, sont en jeu. Nous nous interrogerons en particulier sur les conditions, les valeurs et les limites du jeu des paroles et des représentations. Quels sont les rapports possibles de l'urbanité et des images ? Telle sera la question finalement envisagée. Le séminaire aura une suite en 2007.

Les séances ont lieu dans les locaux de l'Université de Paris 1, 12 place du Panthéon, salle 214, de 17 à 19 heures chaque mardi indiqué ci-dessous :
Mardi 14 février 2006 : Pierre-Damien Huyghe, Université Paris 1, L'invention des Grecs. Au cours de cette séance, sera évoquée l'invention de la politique et, corrélativement, l'instanciation, au sein de l'urbanité globale, d'espaces à vocations spécifiques : la polis, le théâtre, l'oikos, le peri-oikos. Un lien foncier entre démocratie et démographie sera mis en évidence.
Mardi 28 février 2006 : Pierre-Damien Huyghe, Université Paris 1, Ce qui se joue au théâtre. A partir de la Poétique d'Aristote et de l'un de ses commentaires récents (Denis Guénoun, Actions et acteurs, Belin, 2005) on réfléchira sur le jeu réciproque de la praxis et de la poièsis d'une part, sur la « vertu » d'un art de la représentation d'autre part.
Mardi 14 mars 2006 : Pierre-Damien Huyghe, Université Paris 1, La politique de la perspective. Au cours de cette séance, on réfléchira particulièrement sur les conditions et les valeurs possibles du spectacle. Un élément de la racine de ce mot (« -spect ») sera mis en rapport avec les valeurs du « -thé- » grec (thé-âtre, thé-orie).
Mardi 28 mars 2006 : Pierre-Damien Huyghe, Université Paris 1, L'enregistrement comme pratique fondatrice de l'urbanité moderne. En prenant appui sur une remarque de Walter Benjamin, on mettra en doute la relation supposée nécessaire entre urbanité et inter-subjectivité. On montrera comment depuis cette mise en doute, associée par Benjamin à la notion d'enregistrement, les vertus « cathartiques » traditionnelles de la représentation sont en difficulté dans la ville moderne.
Mardi 25 avril 2006 : Iliaria Brocchini, architecte, docteur en philosophie de l'Université Paris 1, "L'architecte comme producteur". Il s'agira de mettre en relation des propositions de Walter Benjamin, Manfredo Tafuri et Rem Koolhas sur les conditions de possibilité d'une architecture contemporaine de « l'époque de la reproduction. »
Mardi 09 mai 2006 : Claire Brunet, philosophe, directrice du département Design à l'ENS Cachan, "L'acte et la politesse, remarques sur la civilité".