Publications/Le devenir peinture

Le devenir peinture, 229 pages

Editions L'Harmattan, 5-7 rue de l'École Polytechnique 75005 Paris

Ce livre tente, en une série d'études, de comprendre pourquoi la peinture, à partir de Kandinsky et de son idée d'un « art sans objet », n'a pas soutenu la concurrence de la photographie et du cinéma en matière de fabrique d'images pour se vouer à sa « résonance intérieure. » S'agissait-il d'interdire d'art les nouvelles industries de l'image ? Le présent livre tente au contraire de définir les conditions de la contemporanéité artistique de toutes ces fabriques du visible. Il engage pour cela une histoire de l'idée d'art. Signalant les éléments d'une modification des relations entre ars et ingenium depuis la renaissance jusqu'au temps de D'Alembert et Kant, il montre d'abord comment sont devenues souveraines les formules théoriques et pratiques qui ont conduit à lier l'art aux « faits de génie » et à le rendre indifférent à sa dimension « mécanique. » C'est cette souveraineté qui est devenue problématique avec l'invention de la photographie. Voulant sauver la peinture de la « concurrence » photographique, Baudelaire en dénonça le principe de manière ambiguë dans son fameux compte-rendu du Salon de 1859. Le propos de ce texte est complexe et reste à démêler. Le présent livre montre que son cadre d'intelligibilité est ancien. Ce qu'il faut engager ou ré-engager pour comprendre le problème qu'il pose, c'est une réflexion sur le partage du « faire » – le poiein grec – entre conception et gestation. Le Timée de Platon et la Poétique d'Aristote constituent à cet égard des pensées paradoxales. Le livre montre que ces paradoxes admettent et méconnaissent à la fois l'autonomie de la facture artistique, son fait particulier, son élément pratique spécifique. La question ouverte par eux, et ré-ouverte depuis la « contemporanéité » de la peinture, de la photographie et du cinéma, est celle de la responsabilité propre de cette autonomie d'une part, de sa valeur politique d'autre part. Cette question fait retour au XXème siècle. C'est elle qui situera l'intérêt de la divergence entre Heidegger et Benjamin, ainsi que le risque lié à toute « réaction » du politique en matière d'art. Comment ce dernier peut-il affirmer son fait et sa responsabilité propres ? Telles sont en définitive les questions qu'aura posé le « devenir peinture » de l'art pictural à l'époque de la photographie et du cinéma.